Témoignages

Il fait nuit. Il est 6 heures du matin. Je suis seule, mon ex-mari ne m'ayant pas accompagnée ne se sentant pas concerné.

J'arrive et me dirige au sous-sol d'un cabinet médical. Une dizaine de femmes attendent assises sur des chaises prostrées dans leur silence. Personne ne parle.

J'ai la "chance" que le médecin qui va pratiquer l'avortement est un ami de la famille.

Mon tour arrive, il m'appelle par mon prénom et est plein de sollicitude à mon égard.

Je me déshabille et m'allonge sur la table. La sonde posée, la semaine précédente n'a pas donné de résultat.

Je suis crispée, le médecin me demande de me détendre et de lui dire quand je serai prête.

Enfin, je dis oui, le médecin introduit un appareil pour aspirer. Une forte douleur dans le bas ventre, je serre les dents de douleur pour ne pas pleurer. C'est fini.

Le médecin me dit de rester allongée car je saigne. Il me parle gentiment et va me chercher une boisson réconfortante.

Je me retrouve seule, j'ai mal et une grande tristesse m'envahit.

Le médecin revient, me demande comment je me sens et me demande si je veux rester encore un peu, les saignements s'étant arrêtés.

Je lui dis non, pressée de quitter cet endroit sordide. Je le paie 500 Francs en 1973.

Je sors et reprends le bus pour 30 minutes jusqu'à chez moi ; j'arrive enfin et me jette sur mon lit en pleurant à gros sanglots sans pouvoir m'arrêter.

Je me calme, prends les antibiotiques, les médicaments contre la douleur et les hémorragies, un comprimé pour me détendre.

Je reste au lit, la douleur physique n'est rien à coté de ma souffrance morale, regrets non car mon couple ne va pas bien, mais une grande solitude, désespoir, une déchirure...

En fin de soirée, mon mari arrive et m'engueule " car je ne suis pas allée chercher ses chéquiers à la banque !

Le lendemain, je retourne au travail et fait comme si rien ne s'était passé. J'ai de la chance, l'avortement a été bien fait ni hémorragie, ni infection. Tout est fini et voilà dans la clandestinité d'un sous-sol, sans penser aux risques encourus par la justice.

Je maudis à tout jamais, le pharmacien à Orly qui n'a pas voulu me vendre une plaquette entiére alors que je lui en demandais juste trois pour le week-end. Je prenais l'avion et ne pouvais retourner chercher la plaquette oubliée chez moi. Je lui ai présenté ma carte d'identité, donné le nom de mon médecin traitant. Je lui ai dit que je prenais une pilule à l'époque trés dosée Anovlar 21 et que je ne pouvais pas en sauter trois. Rien à faire.

Je garde encore aujourd'hui 40 ans aprés, des séquelles psychologiques de cet avortement sordide.

Enfin, depuis j'ai eu sans problèmes, deux magnifiques filles avec mon nouveau compagnon.

BATTONS POUR QUE CE DROIT A L'AVORTEMENT LIBRE NE SOIT JAMAIS ABOLI !