Témoignages

J'avais 26 ans quand j'ai avorté. J'étais en couple depuis 2 ans avec un homme. Éducatrice en recherche d'emploi. On a essayé d'avoir un enfant pendant 8 mois. Notre couple battait de l'aile de ne pas réussir et on a donc décidé d'abandonner. Lui travaillait, moi en fin de droits assedic et en recherche d'emploi. On est parti en vacances dans son pays d'origine et j'ai oublié ma pilule en partant. Ce voyage nous a rapproché. C'est au retour, en allant voir une specialiste que j'ai decouvert sur l'écran que j'etais enceinte de 3 semaines.

Je ne savais pas si je devais le garder ou pas. J'en avais envie. Quand il l'a su, il a tout d'abord voulu le garder. J'étais vraiment heureuse et je me suis attachée à ce truc magique qui évoluait en moi. Et puis quelques temps plus tard il a changé d'avis. Le délai d'avortement médicamenteux était dépassé. Je savais que si je decidais de le garder, je me retrouverais à la rue avec un rsa et sans père pour l'enfant. Je savais aussi que s'il voulait assumer quand meme son role de père, il pouvait un jour l'emmener dans son pays d'origine et jouer de ses relations haut placées (liens familiaux avec des proches de la présidence) pour que je ne le revois jamais. On s'est séparés. Je ne voyais pas la vie de mon enfant sans père ou déchiré entre son père et sa mère.

J'ai donc décidé d'avorter sans le vouloir vraiment.

Mon medecin m'a accompagné dans la démarche. L'hôpital a été un moment violent pour moi. Je n'avortais pas par choix mais par contrainte. Triste et fermée l'une des infirmières m'a fait la reflexion suivante : "vous pourriez sourire un peu, c'est pas agréable de travailler comme ça. C'est pas de ma faute si vous êtes là, vous l'avez choisi." Au bloc, j'étais un numéro parmi d'autres qui passait sur le billard. Les médecins discutaient du bbq et de la sortie du dimanche tout en installant leurs outils alors que moi j'étais en stress et je ne voulais pas être là. Aucun d'entre eux ne m'a regardé jusqu'à ce qu'une infirmière leur fasse remarquer mon état. 
Après l'opération, je suis allée voir une gyneco pour le suivi. Dans la salle d'attente, il n'y avait que des livres sur la maternité, des faire part de naissance et rien sur l'avortement. Ça me renvoyait ce que j'avais perdu par contrainte. Quand j'en ai parlé à la praticienne que je rencontrais pour la première fois, elle m'a dit qu'elle ne pouvait pas promouvoir l'avortement, que c'était mon choix et que comme les autres je devais l'assumer. 
Bref j'ai assumé et j'ai fait mon deuil seule.