Témoignages

On ne naît pas dans les roses...

Le Blog des Filles des 343

A retrouver sur: http://blog.jevaisbienmerci.net/

 

« La seule chose que je regrette, c’est la honte et le trai­te­ment que l’on m’a infligés. »

C’était en 2004, j’avais 24 ans, à peine sor­tie d’une his­toire dou­lou­reuse avec un gar­çon de mon âge. Dépres­sion, séjour à l’hôpital… En sor­tant, je recom­mence à fré­quen­ter les boites de nuits et j’y ren­contre un char­mant jeune homme avec qui je suis aujourd’hui en couple. Lors de nos pre­mières amours, j’ai oublié une pilule, je m’en suis ren­due compte, alors par pré­cau­tion, nous uti­li­sions des capotes. L’une d’elles a cra­qué. Je me suis dit « ce serait vrai­ment un gros coup de mal­chance de tom­ber enceinte avec une pilule oubliée et une capote per­cée… » Sauf que… Deux semaines plus tard, je n’ai tou­jours pas mes règles. Je télé­phone à mon méde­cin trai­tant qui me suit depuis 3 ans. Il me pres­crit une prise de sang. Au résul­tat posi­tif, je lui demande les moda­li­tés pour avor­ter et il me répond qu’avant tout, il fal­lait des exa­mens pour véri­fier qu’il ne s’agit pas d’une gros­sesse extra-utérine. Je refuse et lui demande de m’orienter vers un hôpi­tal pra­ti­quant l’IVG. Il me rétorque que le ser­ment d’Hippocrate le lui inter­dit, qu’il doit sau­ver des vies et non les tuer. Je repars chez moi, et je regarde sur inter­net. Pen­dant ma recherche, le méde­cin m’appelle sur mon por­table et me fait un dis­court de près d’une heure sur « mes res­pon­sa­bi­li­tés de femme qui doit por­ter la vie et non la détruire ». Je lui explique que je connais mon copain depuis trois semaines seule­ment et qu’il va me quit­ter si je garde cette gros­sesse, il me dit que c’est mon rôle, que je dois assu­mer. Voyant que je ne veux vrai­ment pas d’enfant, il essaie de me convaincre d’accoucher sous X. Puis, voyant que je ne cède rien, il me traite d’assassin et rac­croche…

S’en suit une longue pro­cé­dure, à cause des délais « de réflexion » qu’on m’impose, je dépasse la date limite pour la solu­tion médi­ca­men­teuse. Dans deux hôpi­taux, il n’y a pas de place de libre avant que je ne dépasse les délais légaux pour l’aspiration… Der­nière chance, je me tourne vers une cli­nique. L’aspiration fut la dou­leur la plus insup­por­table qu’il m’ait été « donné » d’endurer. Mon copain, venu me sou­te­nir, n’a pas été auto­risé à entrer avec moi et m’a entendu hur­ler de l’extérieur… En face de moi : indif­fé­rence, mépris. On me dit fran­che­ment qu’il faut que je « réflé­chisse la pro­chaine fois » et que l’on « avor­tait une fois mais pas deux si on ne vou­lait pas être trai­tée comme une irres­pon­sable ». On me demande pour­quoi je pleure, si je regrette et je réponds, acide que j’ai mal et que je ne regrette rien. Je suis douillette parait-il. Quand j’en parle libre­ment aujourd’hui, il y a un malaise, on ne parle pas de ces « choses-là » quand on est une bonne fille… On me dit que « tout le monde n’est pas prêt à sup­por­ter ce que je raconte ». La seule chose que je regrette c’est la honte et le trai­te­ment que l’on m’a infligés. Je plains les femmes qui ont encore et auront encore à subir ces épreuves.