Témoignages

Les témoignages des professionnel-le-s de la santé

Le Blog des Filles des 343

A retrouver sur: http://blog.jevaisbienmerci.net/

 

_Get72 (De l’autre côté de la canule)
« Parce que c’est le métier que j’ai choisi, d’aider les femmes avec leurs gros­sesses : celles qu’elles sou­haitent éviter, celles qu’elles inter­rompent, celles qu’elles perdent, celles qu’elles vivent serei­ne­ment, celles qui sont com­pli­quées. »

J’avorte deux fois par semaine et je me porte bien, merci ! Pas de canule pour moi, je suis sage-femme et n’ai pas le droit d’y tou­cher, mais de l’autre côté du bureau, je pra­tique les ivg médi­ca­men­teuses depuis bien­tôt un an.

Des ivg, j’ai prévu d’en faire depuis mes études, mal­gré les inter­ro­ga­tions que cela sus­cite sou­vent vu ma pro­fes­sion : mi-temps avor­te­ments, mi-temps accou­che­ments, ça en per­turbe beau­coup, qui estiment que ça n’a rien à voir. Et pour­tant, ce sont bien les mêmes femmes que j’ai en face, à des moments dif­fé­rents de leur vie. Et moi, je les aide. Parce que c’est le métier que j’ai choisi, d’aider les femmes avec leurs gros­sesses : celles qu’elles sou­haitent éviter, celles qu’elles inter­rompent, celles qu’elles perdent, celles qu’elles vivent serei­ne­ment, celles qui sont com­pli­quées. A toutes ces femmes j’apporte tant que je peux mon écoute, mon sou­tien, mes connais­sances médi­cales, pour que ça se passe le mieux possible.

C’est dif­fi­cile d’être juste face aux ivg, de lais­ser autant de place à la femme qui le vit sans accrocs qu’à celle pour qui c’est dou­lou­reux. Je n’ai pas grand-chose d’autre que mon ins­tinct pour essayer de cer­ner un peu l’inconnue en face de moi. Et il suf­fit par­fois d’un seul mot pour la bles­ser, et d’un autre pour la sou­te­nir. Je peau­fine encore ma tech­nique, au fur et à mesure des réac­tions de mes patientes, je cerne peu à peu les bonnes for­mu­la­tions, les bonnes phrases, pour qu’elles entendent bien que toutes mes ques­tions ne sont pas des juge­ments poten­tiels, mais des pro­po­si­tions d’aide.

Je pra­tique des ivg par convic­tion, et j’en suis fière ; d’autant plus fière face à ceux qui trouvent ça mal­gré tout pas très glo­rieux, voire un peu hon­teux. Je crois sin­cè­re­ment qu’une femme doit avoir le choix de ce qui se passe dans son corps, dans sa vie, et je le défends par ma pra­tique. J’assume de ne pas engueu­ler une femme qui fait sa 3ème IVG (le seuil fati­dique du juge­ment « elle se fou­trait pas un peu du monde elle ? »), j’assume de ne pas inci­ter les mineures à en par­ler à leurs parents, j’assume de lais­ser une femme repar­tir sans contra­cep­tion après une IVG si elle me dit qu’elle n’en sou­haite pas, j’assume de ne pas me sou­cier de l’accord du conjoint, j’assume de dire à celles qui ont besoin de l’entendre que non, une IVG, ce n’est pas grave et que ça ne bou­le­ver­sera pas le reste de leur existence.

Encore bravo à ce blog, et pour citer une gynéco plus qu’engagée dans l’IVG et la contra­cep­tion, qui fait cir­cu­ler le lien par mail : « Un encou­ra­ge­ment magis­tral pour nous autres avor­teurs de choc » .