Témoignages

J’ai envie de témoigner sur mon IVG faite quand j’avais 19 ans en 1973, donc, autour du moment où Gisèle HALIMI plaidait pour notre cause. La majorité était encore à 21 ans. L’IVG était illégale en France

Je ne voulais pas de cet enfant, je savais que je ne l’aurais haï  ou plutôt  je ne crois pas que j’aurais pu lui apporter l’amour qu’une mère peut apporter  à son enfant dans des circonstances  “normales”, ni l’éduquer convenablement, n’ayant ni boulot, ni argent.

Je ne voulais pas de cet enfant, car j’aurais culpabilisé toute ma vie de le mettre au monde, enfant d’un viol, personne ne l’a jamais su... jusqu’à il y a quelques années.

Dans mon malheur (car l’avortement est un choix qui est toujours douloureux ) j’ai été accompagnée par mes amis, qui ne m’ont pas laissée tomber, en moto, en voiture... Nous sommes allés chez presque tous les gynécos de la place de Paris, pour trouver une solution.

Pas Possible en France, il fallait partir en Angleterre ou en Suisse. Je n’avais pas d’argent... Partir seule, sans soutien était au dessus de mes forces, je l’aurais fait mais...

Et puis un soir, il a fallu le dire, les copains, amis étaient à la maison pour me soutenir, dans le salon, on regardait la télé, ma mère était dans la salle à manger à faire ses mots croisés. 

Malgré la peur, la crainte, le désarroi – la honte aussi ! Car vouloir avorter était tabou !- j’ai foncé. 

Ma mère a “verdi” (non pas pali),  mais s’est montrée incroyable quand elle m’a dit : Veux-tu de cet enfant ? J’ai répondu : non. 
Bien me dit-elle nous allons voir le meilleur gynéco de la place de Paris. 
Pour une fois !!! ma mère s’est montrée forte pour moi, elle ne m’a pas jugée. Là, j’ai su qu’elle m’aimait vraiment. Elle a été “up to date”. C’était rare à l’époque. Elle ne m’a jamais posé de question sur le père, et, là, je lui en suis très reconnaissante. Elle n’a jamais eu peur des “qu’en dira-t-on”.

Le week-end d’après, j’étais accompagnée par ma mère et mon beau-père dans une clinique anglaise : le médecin et les infirmières étaient ouverts et compatissants, ils ne m’ont pas culpabilisée. Je faisais très jeune, ils me donnaient 14 ans.
Cela a été douloureux, mais j’ai apprécié à sa juste valeur l’aide que tous mont apporté, mes amis, ma mère et mon beau-père. Je ne les remercierais jamais assez. Pour me changer les idées, pour vaincre notre anxiété, nous sommes allés au Royal Albert Hall écouter un concert. Merci. J’ai pris à partir de ce jour mes responsabilités. (contraception, sensibilisation auprès de mes amies et plus jeunes...)

A l’époque, l’IVG était encore interdite en France, les faiseuses d’ange continuaient à agir sous le couvert, dans des conditions d’hygiène et de souffrances psychologues et physiques épouvantables (je ne leur lance pas la pierre, elles existaient et  il n’y avait pas d’autres solutions). Cela a été le sort de bien des connaissances et amies, n’ayant pas eu la chance d’avoir un soutien, moral et financier. 

Les esprits étaient à l’époque, petits, culpabilisant, moralisant. Il fallait payer pour “l’acte interdit”. (Et ça revient en force, j’hallucine !!! 

Quand la loi Veil a été votée, J’ai, pendant longtemps, accueilli des jeunes espagnoles et italiennes qui venaient en France après “avoir fauté” (excusez l’expression !!! ) et les accompagnais au Planning familial ou à la MNEF. L’aide que j’avais reçu : je voulais la partager avec mes consoeurs. 

Actuellement, comme à l’époque, je lutte contre “Les bonnes consciences” qui sont là pour dire “laissez-les vivre” mais dans quelles conditions psychologiques, ... : Dévastateur, pour la mère comme pour l’enfant à naître s’il n’est pas désiré. 
“Laissez-les vivre” !!!  Qu’on ne soit pas d’accord c’est une chose, personne ne les oblige à faire ce choix mais  empêcher l’autre de le faire c’est “liberticide”)
Nous ne leur imposons pas nos choix mais certains(es) me disent : SI, l’avortement de ces femmes nous coûtent cher, c’est nous qui payons, il vaudrait mieux que les enfants soient abandonnés, laissés à l‘adoption (sic) je leur réponds  aussi froidement - cyniquement qu’eux-qu’elles : ok, mais qui payent  l’éducation de tous ces enfants, c’est vous aussi, et ça vous coûte encore plus cher... J’arrête là car ça me fâche énormément...

Par contre, Je ne jette pas la pierre à celles  qui veulent garder leur enfant, au bout du compte, qui ont réussi a trouver une solution pour elle et pour l’enfant. Et c’est vraiment tant mieux et j’en suis très heureuse. Je ne parle pas des hommes ici, mais je remercie ceux qui sont responsables et accompagnent les femmes dans leur choix.

Mais il faudrait avant tout 

Continuer A Développer et ce,  de toute urgence, Les campagnes de prévention et de sensibilisation sur la contraceptions féminin et masculin avant d’en arriver à l’IVG.
  Car Pour moi l’avortement n’est pas un geste banal, que l’on peut faire et refaire sans conséquence (c’est malheureusement le cas ce certaines jeunes et moins jeunes que j’ai rencontrées et qui refusent de prendre une contraception) 

Eduquer et faire admettre aussi aux garçons leur responsabilité dans tout acte sexuel et ses conséquences

Je sais bien que les adolescentes se croient invincibles, intouchables, inattaquables, ça ne peut leur arriver, malgré toute la prévention qui a pu être faite. Ce sont là des croyances “fantasmatiques”(que j’avais, moi aussi à leur âge, malgré une éducation sur  la sexualité qui pour l’époque était très ouverte. Il y a un travail de sensibilisation à faire ...perpétuellement !!! 

Faire en sorte que les médecins dans les hôpitaux continuent à opérer, sans apriori

Et malheureusement le nerf de la guerre c’est l’argent et si le pouvoir décide de le supprimer... Attention les dégâts, je me souviens il ya encore peu de temps, que les subsides du Planning Familial avait failli “sauter”


Donc il faut que nous restions toutes et tous vigilants
Car revenir sur un droit pour lequel nous avons lutté, tant et tant, me révolte.
Et on voudrait que ça recommence : C’est de la barbarie.