Témoignages

A 28 ans, J’ai avorté en juillet …1970 ( !) à Brighton, après avoir erré comme une âme en peine à la recherche d’une « faiseuse d’ange » dont un ami m’avait donné l’adresse et qui, heureusement, n’était pas chez elle. Paniquée mais déterminée, j’ai alors téléphoné à une amie en Suède (le téléphone international n’était alors accessible qu’à la gare de ma ville) qui a elle-même contacté une amie en Angleterre qui puisse me tirer de là. L’amie suédoise est venue me rejoindre en France et m’a accompagnée en Angleterre où j’ai été très bien reçue et bien traitée. Il fallait être bien déterminée pour accomplir ce périple et avoir l’argent pour (je gagnais ma vie) !!! J’étais bien seule sinon et dans l’impossibilité de me confier à quiconque de mon environnement de proximité, amical (sauf l’ami cité plus haut) et familial. Je n’oublierais jamais cette « peur », cette angoisse de ne pas arriver à mes fins… Depuis, j’en ai parlé à très peu de proches, sauf quelques amies, mais toujours pas la famille !!!!!

Cela m’a amenée à militer pour l’avortement dès que le MLF a commencé les avortements clandestins ; j’ai prêté mon appartement plusieurs fois pour cela… Et quand la loi a été votée, j’ai fait la fête.

Depuis, j’ai accompagné plusieurs fois des amies à l’hôpital pour un avortement.

Mais j’ai l’impression que l’omerta pèse toujours et que ce droit des femmes pourrait basculer n’importe quand, l’acquis étant si fragile. Alors que ce droit est fondamental et indiscutable. Rien n’empêchera jamais une femme d’avorter si elle le vit comme nécessaire. Mieux vaut donc protéger sa peau comme prévenir un enfant malheureux parce que non désiré…

J’ai oublié de dire que je suis la 5è d’une fratrie et que j’ai fini par comprendre à l’adolescence que si ma mère avait pu ne pas m’avoir, elle ne s’en serait pas plus mal portée ! Comme par hasard, j’ai toujours eu avec elle des relations exécrables . Et réciproquement.